Le paysage politique irlandais

Le paysage politique irlandais reste dominé par les deux grands partis, le Fine Gael et le Fianna Fáil, tous deux de centre-droit et dont l’existence remonte directement à la guerre civile de 1922-1923

Fine Gael et Fianna Fáil : au commencement, il y eut le traité.

Les deux partis qui dominent le paysage politique du pays depuis son indépendance en 1922, le Fine Gael et le Fianna Fáil, ne semblent pas s’opposer frontalement d’un point de vue idéologique. Depuis des décennies, ils se meuvent le long du spectre traditionnel gauche/droite en gravitant autour du centre et ont souvent interverti leurs positionnements sur nombre de sujets. Et pourtant, à l’éternelle question concernant la véritable différence entre les deux partis, l’ancien député du Kerry Jackie Healy-Rae fit écho au sentiment général en répondant que « Them that know don’t need to ask and them that ask will never know ».

La signature du traité anglo-irlandais en 1921 marqua la fin de la guerre d’indépendance, mais aussi le début d’une guerre civile d’un an dont les deux camps furent en fait les précurseurs respectifs du Fine Gael et du Fianna Fáil. En effet le camp nationaliste se divisa entre les défenseurs d’un compromis qui prévoyait la partition de l’île et le maintien du nouvel « Etat libre d’Irlande » dans le Commonwealth et ceux qui s’opposèrent. Les premiers formèrent Cumann na nGaedheal en 1923, qui devint dix ans plus tard le Fine Gael. Le camp hostile au traité connut lui-même une division qui mena en 1926 à la naissance du Fianna Fáil. Ce dernier participa dès lors au jeu parlementaire tout en maintenant son hostilité au traité.

Ainsi les deux grands partis irlandais sont-ils nés à l’occasion d’une guerre civile et d’une opposition d’ordre constitutionnelle entre nationalistes modérés et radicaux. Cette inimité a été entretenue du fait de l’omniprésence, jusque dans les années 70, de nombreux vétérans de la guerre civile dans la vie politique irlandaise. S’ajoutait à cela une certaine différence sur le plan programmatique, le Fine Gael étant perçu comme le parti libéral et partisan de l’orthodoxie budgétaire tandis que le Fianna Fáil aimait à se présenter comme le parti du « peuple irlandais », socialement conservateur et adepte de mesures fiscales expansionnistes.

Toutefois le pragmatisme des deux partis et leur grande flexibilité idéologique – ceci vaut tout particulièrement pour le Fianna Fáil – a provoqué depuis les années 80 une véritable convergence sur le plan programmatique. Ce sont aujourd’hui des partis libéraux de centre-droit ayant accompagné les mutations de la société irlandaise sur le plan social. Ajoutons à cela que le souvenir de la guerre civile est de moins en moins présent, que l’appareil législatif et constitutionnel a fait l’objet d’un profond toilettage afin d’enlever toute trace de la domination britannique et qu’il règne un consensus sur le traitement de la question nord-irlandaise. Mais si les causes premières de l’opposition entre les deux partis sont devenues obsolètes, celle-ci subsiste tout de même.

Le « Labour », le « Sinn Féin, » et les autres partis représentés à l’Assemblée.

L’Irlande n’a, pendant longtemps, pas été une terre fertile pour les partis de gauche. Le membre Irlandais de la famille sociale-démocrate, le « Labour », est pourtant le plus ancien parti en activité, ayant été fondé en 1912. Émanation du mouvement syndical comme son homonyme britannique, il a notamment souffert de la place prépondérante du nationalisme dans le jeu politique irlandais ainsi que de la relative faiblesse de la classe ouvrière dans un pays longtemps agricole et rural. Il a recueilli en moyenne 11% des votes lors des législatives qui se sont déroulées depuis 1922. Parti de gouvernement cependant, il a souvent formé des coalitions avec le Fine Gael.

Le paysage irlandais a longtemps été qualifié de « two and a half party system », le Labour étant le « demi-parti ». Ceci n’est plus vrai du fait de la montée en puissance du Sinn Féin. Ce parti, le seul présent des deux côtés de la frontière, a longtemps été, en République d’Irlande, un parti mineur parmi tant d’autres. Il monte toutefois en puissance depuis deux décennies, son discours à la fois résolument nationaliste sur la question nord-irlandaise et à gauche sur les questions sociales et économiques rencontrant un écho grandissant. C’est ainsi que le Sinn Fein menace de briser le duopole des deux grands partis issus de la guerre civile.

Il y a toujours eu un grand nombre de petits partis, dont la durée de vie n’a souvent pas excédé quelques décennies. Les partis mineurs représentés au Dáil depuis les législatives de 2016 se situent majoritairement à gauche de l’échiquier politique. Malgré la faiblesse du Labour, cet éparpillement des partis de gauche montre l’existence d’un espace politique non négligeable.

Par ailleurs l’Irlande est, depuis quelques décennies, la démocratie occidentale avec le plus grand nombre de parlementaires indépendants. Ceci tient notamment au mode de scrutin du vote unique transférable (proportional representation – single transferable vote, PR – STV) et à la culture politique du pays, qui favorisent un ancrage local important des députés (TDs) et une forte personnalisation de leurs campagnes.

publié le 01/08/2018

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