Un jeune auteur français en Irlande !

Elie Maucourant est un jeune auteur français qui partage sa passion pour la langue française dans une école irlandaise. Découvrez son portrait !

Je suis arrivé en Irlande la première fois en 2011, dans le cadre d’un échange européen bien connu : Erasmus. Ca faisait un moment que l’idée d’aller me balader sur les terres de Patrick Pearse, Cùchulainn et d’Arthur Guinness me taraudait un maximum. Un appel, en quelque sorte, une étape nécessaire pour le travail qui m’accapare le plus : l’écriture. J’ai donc été parachuté à Dublin, les yeux affamés de curiosité, l’esprit bouillant d’impatience... Et je n’ai pas été déçu car c’est au cours de cette année que j’ai rédigé mon premier roman, Marcheurs, qui sera publié trois ans plus tard chez Québec-Livre.

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Ce voyage a eu un impact fondamental sur mon travail. Mon roman se déroule en effet entre la France et l’Irlande, entre la violence des banlieues et le rêve vert, fantasmé par un personnage torturé et avide de nostalgie ; des champs pâles, gommés par le temps, qui crèvent la mémoire dans la furie de la nuit lyonnaise, voilà donc un peu ce qui fracasse les premières phrases du récit, dès l’incipit. Un écrivain n’existe pas sans lecteur, et un auteur n’est pas lu s’il n’écrit pas avec honnêteté - surtout lorsqu’il s’agit de fiction. L’expérience irlandaise a ainsi été pour moi la rafale de beauté qui m’a poussé à écrire sans ambages. Dublin, sans aucun doute, a été le berceau de beaucoup de rêveries, ville cosmopolite, ouverte sur le monde. On peut se perdre à Dublin, on peut s’en aller entre la Grande Poste qui se souvient encore très bien de 1916 et le Kilmainham Gaol, lugubre rappel du prix de la liberté. En s’éloignant un peu du cœur du cœur battant, on se retrouve vite à fouler l’Ouest un peu fou, là-bas, entre Dingle et Galway, à arpenter les collines et falaises du Kerry, brisées à coup de marteau par quelque dieu oublié. Un séjour comme ça vous marque un homme maison, ça vous remet les pendules à l’heure, ça vous glace de passion.

Et puis, il y avait les études, les cours à l’UCD, de nouvelles perspectives en littérature médiévale - ma spécialité en France. Au menu : du Seamus Heaney, et son Beowulf bien nerveux, du théâtre, et même des cours de comparée avec Marie de France. Que du bonheur, donc, à célébrer au Gravity Bar. Mais à cette époque, j’ai aussi vu les effets de la crise économique, et j’ai écrit en regardant un pays retrouver sa dignité. Don’t worry cependant, parce que vous pouvez compter sur les Irlandais, parce que ce sont des gens formidables, résilients, courageux, et parce qu’ils portent la grandeur même dans le malheur.

Enfin, il a fallu partir. Aïe, c’était pas facile, ça m’a fait mal. Enfin, il a fallu reprendre l’avion, dire bye bye aux terres légendaires qui avaient bercé mon imaginaire, saluer au passage Brian Boru, Bram Stoker, Yeats et Joyce. J’ai ainsi retrouvé la France, et l’Ecole Nationale de Police qui m’attendaient. Après quelques temps là-bas, j’ai finalement décidé de reprendre la route en devenant prof de français, puis en postulant comme assistant de langue, en 2015. Le CIEP m’a alors ouvert les portes dorées de l’Ecosse qui m’aura tant fasciné, puis avec un peu de chance et deux trois prières aux dieux du Sid, j’ai décroché un deuxième contrat d’assistant à Cork, pour cette année. Nouveau coup de cœur, nouvelle vie... Bon sang, qu’il était bon revoir l’Irlande ! J’ai donc redécouvert, presque cinq ans après ma première venue, ces terres qui me sont si chères. Une vie douce, très douce dans les bras de l’Ouest, avec les Rebels ! Cork l’insoumise est ville délicieuse, tranquille, animée de festivals et de pubs minuscules aux entêtantes mélodies rock. Je travaille en ce moment au MICC, une école fichée dans un paysage splendide, avec une équipe pédagogique au top. Je sais déjà que mon temps est compté, mais cela fait partie du jeu : l’expérience d’assistant est courte et riche. D’ailleurs, j’ai presque terminé mon deuxième livre, la suite du premier, qu’attend avec impatience mon éditeur. On y retrouvera quelques unes de mes obsessions irlandaises, sans aucun doute.

Je ne sais pas encore où je serai l’année prochaine mais j’ai le sentiment qu’une partie de ma vie appartient d’ores et déjà à l’insaisissable Eire. Peut importe, finalement, que je rentre en France ou que je décide de repartir, l’Irlande aura été là pour moi, et sera toujours une étape fondamentale dans mon accomplissement en tant qu’adulte et jeune auteur.

Cheers !

Elie Maucourant

publié le 28/02/2017

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